Abstract
Comme de nombreux établissements de santé, le centre psychothérapique de Nancy (54) a ouvert un centre de vaccination contre la Covid-19. Il fédère des professionnels volontaires, dont des aides-soignantes. Ces dernières participent à l’accueil et à la surveillance des personnes qui ont pris rendez-vous pour recevoir le vaccin.
Mots clés: centre de vaccination, Covid-19, désinfection, organisation, relation soignant-soigné, salle de surveillance
Voilà bientôt deux ans que la pandémie de Covid-19 a complètement bouleversé nos habitudes de vie. Dès mars 2020, des mesures drastiques ont été décrétées pour lutter contre l’épidémie en France [1]. La première vague fut très meurtrière, en raison d’un virus très contagieux et d’une infection méconnue. Une deuxième vague et les différentes mutations virales ont imposé de nouveaux confinements. Au regard de la difficulté à trouver des thérapeutiques faisant consensus, l’arrivée des vaccins fin 2020 a redonné de l’espoir. Il a été demandé aux agences régionales de mettre en place de larges campagnes de vaccination pour le grand public, selon un ordre déterminé en fonction des fragilités ou des professions exposées au virus.
Le centre psychothérapique de Nancy (CPN) (54) s’est mobilisé pour contribuer à l’effort de vaccination de la population [2], des patients et des professionnels. Un centre de vaccination a été ouvert en moins de trois jours, début janvier 2021, dans les locaux du bâtiment Bonfils.
Un lieu accueillant
Ce bâtiment a été désigné car il est habituellement inoccupé et plutôt destiné à faire face à un afflux massif de victimes (plan blanc). L’unité est exclusivement dédiée à la vaccination pendant toute la campagne de vaccination. Le fléchage de l’accès a été mis en place par les services techniques aux différentes intersections de l’établissement.
Courant février 2021, le centre a accueilli pendant dix jours une exposition itinérante de 24 photographies en noir et blanc, proposée par la Mutuelle nationale des hospitaliers. Intitulée “Entre nos mains” et réalisée par deux infirmières photographes du centre hospitalier universitaire de Nice (06), elle a valorisé différents moments clés de la pratique des professionnels soignants [3]. De plus, une classe de sixième d’un collège de Nancy, des patients de la maison d’accueil spécialisée de l’établissement, mais aussi des soignants ont participé à la décoration de la salle de surveillance en créant des illustrations, des dessins humoristiques et des maquettes.
Organisation du centre de vaccination
Tout a été mis en place rapidement dans le plus strict respect du protocole sanitaire [4].
À l’intérieur du bâtiment, un principe de marche en avant est instauré, ainsi que le respect d’une distanciation physique entre les personnes. Le port du masque y est obligatoire, de la solution hydroalcoolique (SHA) est mise à disposition tout au long du parcours. Les chaises sont désinfectées après chaque passage (figure 1 ).
Figure 1.
Les aides-soignantes mobilisées sont toutes des agents volontaires de l’établissement.
Le choix a été fait d’accueillir les personnes uniquement sur rendez-vous afin de maîtriser l’afflux des personnes, et donc du nombre maximal de personnes dans les locaux. Cela rend en outre le parcours plus fluide.
Le centre fonctionne le plus souvent sur deux lignes de vaccination ; chaque ligne mobilise un binôme médecin-infirmier. La progression des personnes candidates à la vaccination se fait en quatre étapes :
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accueil et enregistrement de l’état civil et administratif au secrétariat, validation du rendez-vous et vérification de la présence d’un questionnaire vaccinal dûment complété ;
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consultation médicale afin de s’assurer que l’état de santé est compatible avec l’injection et que les critères d’éligibilité sont respectés ;
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vaccination par un infirmier avec le vaccin adéquat ;
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surveillance pendant quinze minutes en salle de repos par un soignant, pour le cas où des effets secondaires précoces se manifesteraient (risque de choc anaphylactique).
Dans un premier temps, deux médecins retraités de la réserve sanitaire sont venus prêter main forte. Le centre de vaccination fonctionne cinq jours par semaine grâce à l’engagement de près de 80 professionnels paramédicaux, 10 employés administratifs et 40 médecins, dont des professionnels libéraux ou retraités. Au 16 septembre 2021, près de 90 % de l’effectif total du CPN avait été vacciné. Avec l’accueil du grand public, 5 540 injections avaient été administrées.
Rôle de l’aide-soignante
À leur prise de poste, les aides-soignantes commencent par aménager la salle de surveillance (SHA, lingettes, produit désinfectant, mise en route de la télévision…).
Lorsque cela est nécessaire, elles aident et facilitent l’accès au centre de vaccination des personnes à mobilité réduite.
Au fur et à mesure des rendez-vous, elles accueillent les personnes vaccinées pour réaliser leur surveillance et concourir au respect des quinze minutes de repos. Il arrive que, sur recommandations médicales, le temps de surveillance s’étende à trente minutes. Une fois celui-ci écoulé, elles raccompagnent la personne jusqu’à la porte de sortie avant de désinfecter chaque fauteuil utilisé.
Ce temps de surveillance somatique est par ailleurs un temps riche d’échanges. Les professionnels de santé sont contents de se revoir, d’échanger, de prendre des nouvelles des collègues, des services… Certains discutent de différents sujets, notamment de la crise sanitaire, d’autres ont besoin d’être rassurés. La population extérieure au CPN s’informe sur le site, sur le vaccin, sur le bâtiment d’accueil, sur le vécu de l’année passée… Ainsi, cette approche contribue à faire descendre une certaine pression, l’angoisse qu’avaient ces personnes à leur arrivée. Beaucoup ont découvert l’hôpital spécialisé, qu’ils ont trouvé grand, agréable, bien aménagé, dans un cadre verdoyant. Cette entrée de la cité dans l’hôpital pour une autre raison que celle des soins psychiatriques a également permis de déstigmatiser la psychiatrie.
En fin de journée, les aides-soignantes participent à la remise en place de l’équipement et des salles, et transmettent les besoins en ressources matérielles au cadre de santé référent. Elles témoignent : « À notre échelle, nous sommes ravies d’avoir apporté une goutte à l’océan de bonne volonté pour sortir de cette crise sanitaire à travers notre participation à la vaccination. C’est une expérience valorisante et enrichissante pour notre métier. Ces journées sont humainement riches, aussi bien avec les équipes pluriprofessionnelles volontaires qu’avec la population accueillie. »
Depuis mai 2021, les kinésithérapeutes, aides-soignants, puéricultrices, ambulanciers et titulaires de la formation gestes et soins d’urgence de niveau 2 peuvent désormais participer à la campagne de vaccination. Pour l’instant, le choix a été fait dans notre établissement de poursuivre la participation des aides-soignantes au sein de la salle de surveillance du centre de vaccination, essentiellement pour deux raisons. Premièrement, nous avons, jusqu’à présent, toujours eu des infirmiers volontaires pour vacciner. Deuxièmement, dans notre centre de vaccination, nous respectons la règle “celui qui prépare injecte”. En conséquence, les infirmiers qui préparent les vaccins les administrent ensuite aux patients.
Conclusion
La population mondiale est impactée par cette crise sanitaire. Différentes stratégies ont été mises en place afin de limiter la contamination à la Covid-19, la vaccination en est une. Bien que les soignants soient en première ligne du risque de contamination, ils le sont aussi pour apporter un espoir à l’humanité. Pour garantir une vaccination massive et plus rapide, de nombreux professionnels de santé, dont les aides-soignantes, concourent à l’effort collectif en y participant.
Déclaration de liens d’intérêts
Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
Références
- 1.Décret n°2020-260 du 16 mars 2020 portant réglementation des déplacements dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus Covid-19. www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2020/3/16/2020-260/jo/texte.
- 2.Organisation mondiale de la santé. Maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) : vaccins. Juin 2021. www.who.int/fr/news-room/q-a-detail/coronavirus-disease-(covid-19)-vaccines?adgroupsurvey={adgroupsurvey}&gclid=Cj0KCQjwub-HBhCyARIsAPctr7yhydd-ssWMrEDbUFsBh5xVPNkXEEII4y_ZACtfcJ5yMYG5 Y8F9aZEaAiXuEALw_wcB.
- 3.Entre nos mains. Le monde hospitalier engagé. https://entrenosmains.mnh.fr.
- 4.Décret n° 2021-575 du 11 mai 2021 modifiant les décrets n° 2020-1262 du 16 octobre 2020 et n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie de Covid-19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire. www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2021/5/11/2021-575/jo/texte.

