Abstract
La pandémie de Covid-19 a obligé le système de santé à se réorganiser. Les services de psychiatrie ont œuvré pour maintenir la continuité des soins et limiter les risques de décompensation des pathologies. Une offre ponctuelle de soutien s’est constituée pour accompagner les personnes qui ont développé des symptômes dépressifs pendant cette crise sanitaire, afin que ceux-ci ne se pérennisent pas.
Mots clés: continuité des soins, Covid-19, décompensation, dépression, santé mentale
Depuis janvier 2020, la pandémie de Covid-19 a complètement bouleversé nos habitudes de vie, et il a fallu réviser l’organisation hospitalière et l’offre de soins. De nombreuses consultations en psychiatrie ont cessé pendant le premier confinement, de mars à mai 2020, pour laisser la place à un suivi à distance.
Mesures pour la continuité des soins
Dès le début du premier confinement, le 22 mars 2020, le ministère des Solidarités et de la Santé a rédigé des recommandations à destination des établissements autorisés en psychiatrie [1]. Le guide évoque une « crise sanitaire inédite » et considère que « les mesures ordonnées par les pouvoirs publics peuvent favoriser l’apparition de troubles psychopathologiques ou de décompensations au sein de la population ». Les conséquences psychologiques de la pandémie, mais surtout le risque de rupture du suivi et des soins, étaient particulièrement redoutés chez ce public déjà fragile, qui présente des comorbidités somatiques importantes et/ou est en situation d’isolement psychosocial. C’est pourquoi le ministère des Solidarités et de la Santé a demandé à ce que le dispositif de prévention et de soins en santé mentale ait la capacité de répondre à cette situation de crise pour les publics concernés, et a stipulé que « les traitements des états psychiatriques très sévères, en particulier les électroconvulsivothérapies (ou sismothérapies), ne [devaient] pas être déprogrammés ». La plupart des structures extrahospitalières, tels les hôpitaux de jour, ont dû fermer. Les services d’hospitalisation complète ont adapté leurs prises en charge.
Les axes stratégiques du ministère visaient à renforcer les soins ambulatoires, à privilégier les consultations téléphoniques et les téléconsultations, à cesser les prises en charge de groupe, à interdire les visites au sein des unités fonctionnelles, à informer régulièrement le personnel, à activer une cellule de crise interne ainsi que des unités de traitement spécifiques pour les patients atteints par la Covid-19 [2], [3]. Une coordination avec les établissements hospitaliers médecine-chirurgie-obstétrique et médico-sociaux devait permettre d’apporter une réponse adaptée. Ces établissements avaient mobilisé des ressources pour proposer une information, voire un accompagnement psychologique, aux patients hospitalisés et à leurs familles.
Ces recommandations ont été renouvelées au fil des rebonds épidémiques en vue d’ajuster les moyens entre l’intra- et l’extrahospitalier pour assurer la continuité, la qualité et la sécurité des soins [4]. Les établissements sont incités à anticiper les montées en charge en fonction de la circulation du virus avec l’analyse des plans d’intervention individualisés et la mise en place des suivis à distance dès lors que les consultations au sein des structures ne sont plus possibles.
Malgré tous les efforts déployés, l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux alerte : « Face à une offre notoirement insuffisante et dégradée avant la crise, nous observons des retards dans les prises en charge, des difficultés d’accès aux soins, la réapparition de troubles psychiques chez des personnes stabilisées, avec des situations dites de décompensation, et l’apparition de symptômes dans des populations fragilisées » [5]. En effet, après les deux confinements, le nombre d’hospitalisations a augmenté et les patients qui avaient renoncé à leurs soins ont réinvesti les consultations avec parfois une symptomatologie aggravée [6].
Dégradation de la santé mentale
Ce constat est valable dans la population générale ; syndromes dépressifs et anxieux sont en hausse [7]. Les besoins en santé mentale ont augmenté en raison des différentes mesures de protection restrictives mais aussi des deuils et de la peur de contracter la maladie ou de la transmettre aux personnes vulnérables. Les personnes qui ont été infectées peuvent en outre présenter des troubles psychiques (encadré 1 ) [8], [9].
Encadré 1. L’impact psychique sur les personnes atteintes d’une forme grave ou prolongée de Covid-19.
Les séquelles d’une forme grave de la Covid-19 sont encore insuffisamment connues. Après la sortie de réanimation, une prise en charge des séquelles organiques et fonctionnelles s’impose. Un soutien psychologique pour accompagner les patients vers un retour à la vie sociale normale est recommandé par l’Académie nationale de médecine. La Fédération française de psychiatrie estime que « les psychiatres auront sans doute à contribuer à l’amélioration clinique de ces personnes, en passant notamment par la proposition d’approches dans un accompagnement de longue durée ».
Chez les patients qui présentent un syndrome prolongé de la Covid-19 et qui n’ont pas subi d’hospitalisation, la composante psychique est encore mal documentée. Pour certains, il s’agit de troubles anxieux, voire d’un stress post-traumatique. Un accompagnement psychologique peut leur être proposé, si besoin.
Toutes les générations sont fragilisées : personnes âgées isolées ou en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, travailleurs au chômage partiel ou en télétravail quasi total comme les jeunes. Selon CoviPrev1 [10], « la prévalence des états dépressifs avait été multipliée par deux entre fin septembre (11 % en vague 15) et début novembre (23 % en vague 17) », en raison du deuxième confinement. Au fil des mois, les étudiants ont témoigné de leur grande détresse, au point que les pouvoirs publics ont dû trouver des solutions en urgence, comme le renfort en psychologues [11].
Si la Fédération française de psychiatrie appelle à bien distinguer ce qui relève de la « réactivité normale » face à cette situation inédite depuis un siècle [9] des troubles psychiatriques, certains spécialistes n’hésitent pas à parler de « vague psychiatrique » derrière les vagues épidémiques. Les besoins en pédopsychiatrie ont « explosé » [12], avec un doublement des tentatives de suicide chez les moins de 15 ans.
Du côté des soignants, des symptômes psychotraumatiques, qui évoquent un stress posttraumatique, des épisodes dépressifs caractérisés, des symptômes anxieux2 ont été rapportés plus sensiblement chez les professionnels de réanimation. Les infirmiers sont plus concernés [13].
Préserver les liens sociaux pour prévenir
Le 24 novembre 2020, la Haute Autorité de santé (HAS) a actualisé la réponse à apporter face aux troubles psychiques dans le contexte sanitaire actuel [14]. Afin de limiter les décompensations autant que les risques de contamination à la Covid-19, la HAS recommande notamment de :• sensibiliser les patients et leur entourage aux bénéfices attendus du maintien d’une bonne hygiène de vie (préservation de l’organisation de la journée, voire ritualisations sécurisantes) ;• rappeler aux patients les consignes sanitaires et, le cas échéant, les aménagements prévus pour les personnes en situation de handicap ;• porter une attention particulière au contexte familial et social des patients.
De plus, il est recommandé pour les personnes isolées, et en particulier les personnes âgées, d’évaluer les ressources potentielles présentes dans l’entourage, notamment le voisinage et la famille, voire de solliciter si nécessaire les services sociaux de la municipalité. Concernant les personnes en situation de handicap, il est vital de s’assurer que les droits et les prestations perdurent, ou de questionner le besoin d’aide pour un accompagnement. Enfin, pour les personnes protégées, c’est-à-dire sous tutelle ou sous curatelle, il est important de s’assurer que les mandataires judiciaires maintiennent une disponibilité plus que jamais indispensable.
Conclusion
Le monde traverse une crise sanitaire généralisée. Celle-ci a des effets collatéraux sur la santé mentale des populations, même non contaminées. L’offre de soins en psychiatrie a dû se réorganiser à plusieurs reprises. Certains patients ont vu leur pathologie décompenser en raison de l’éloignement des soins. Au fil des mois, les besoins ont augmenté alors que le secteur de la psychiatrie n’a pas bénéficié de plus de moyens.
Déclaration de liens d’intérêts
L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.
Footnotes
L’enquête CoviPrev, en cours depuis le 23 mars 2020, suit l’évolution des comportements des Français (gestes barrière, consommation d’alcoolet de tabac, activité physique) et de la santé mentale pendant l’épidémie de Covid-19.
Le centre psychothérapiquede Nancy (54) participeau soutien psychologiquedes professionnels de santé avec une ligne téléphonique d’écoute. Elle est placée sous la coordination de la cellule d’urgence médico-psychologique de la zone estet s’appuie sur la plateforme VigilanS. Des réservistes sontdéjà mobilisés mais une haussedes appels après le confinementet une forte mobilisation des équipes soignantes sont à prévoir.
Références
- 1.Ministère des Solidarités et de la Santé. Établissements autorisés en psychiatrie. Consignes et recommandations applicables à l’organisation des prises en charge dans les services de psychiatrie et les établissements sanitaires autorisés en psychiatrie. Fiche rédigée le 22 mars 2020 dans le contexte du passage au stade 3 de l’épidémie au niveau national. www.elsevier.com/__data/assets/pdf_file/0006/1008852/Fiche-consignes-et-recommandations-organisation-en-psychiatrie.pdf.
- 2.Terrat E. La pédopsychiatrie dans la tourmente de la crise sanitaire. L’Aide-soignante. 2020;34(219):13–15. [Google Scholar]
- 3.Lapp A. Gérer la crise sanitaire dans un établissement public de santé mentale. L’Aide-soignante. 2020;34(219):16–18. [Google Scholar]
- 4.Ministère des Solidarités et de la Santé. Fiche annexe n° 9 : maintenir la mobilisation de l’ensemble du dispositif de soins psychiatriques, ambulatoire et hospitalier. 12 novembre 2020. solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/fiche_annexe_9_psychiatrie.pdf.
- 5.Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux. Journée mondiale de la santé mentale : en France, les réponses se font attendre ! 9 octobre 2020. www.uniopss.asso.fr/espace-presse/journee-mondiale-de-sante-mentale-en-france-reponses-se-font-attendre.
- 6.République française. Covid-19 : quel impact sur les soins en psychiatrie ? 22 octobre 2020. www.vie-publique.fr/en-bref/276789-covid-19-quel-impact-sur-les-soins-en-psychiatrie.
- 7.Valdiguié L. Covid-19 : « On assiste à une déstabilisation complète de tous les troubles psychiatriques. » Marianne. 13 janvier 2021. www.marianne.net/societe/sante/covid-19-on-assiste-a-une-destabilisation-complete-de-tous-les-troubles-psychiatriques.
- 8.Académie nationale de médecine. Avis de l’Académie : Les séquelles de la Covid-19. 15 juillet 2020. www.academie-medecine.fr/avis-de-lacademie-les-sequelles-de-la-covid-19. [DOI] [PMC free article] [PubMed]
- 9.Bonamour du Tartre JJ. La “santé mentale” à l’épreuve de la Covid-19. 3 décembre 2020. fedepsychiatrie.fr/wp-content/uploads/2020/12/Fe%CC%81de%CC%81psychiatrie-Sante%CC%81-mentale-et-COVID-JJBdT.pdf.
- 10.Santé publique France. CoviPrev : une enquête pour suivre l’évolution des comportements et de la santé mentale pendant l’épidémie de Covid-19. 2 février 2021. www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/coviprev-une-enquete-pour-suivre-l-evolution-des-comportements-et-de-la-sante-mentale-pendant-l-epidemie-de-covid-19.
- 11.Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Santé Psy Étudiant. Accompagnement psychologique pour les étudiants. https://santepsy.etudiant.gouv.fr.
- 12.Santi P. À l’hôpital Robert-Debré, l’“explosion” des troubles psychiques chez les enfants. Le Monde. 26 novembre 2020. www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/26/a-l-hopital-robert-debre-les-soignants-face-a-l-explosion-des-troubles-psychiques-chez-les-enfants_6061143_3244.html.
- 13.Vignaud P., Prieto P. Impact psychique de la pandémie de Covid-19 sur les professionnels soignants. Actual Pharm. 2020;59(599):51–53. doi: 10.1016/j.actpha.2020.08.013. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 14.Haute Autorité de santé. Troubles psychiques et maladies chroniques : la HAS actualise ses réponses rapides dans le contexte de Covid-19. 24 novembre 2020. www.has-sante.fr/jcms/p_3219146/fr/troubles-psychiques-et-maladies-chroniques-la-has-actualise-ses-reponses-rapides-dans-le-contexte-de-covid-19.
