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. 2022 Feb 13;3(1):1–5. [Article in French] doi: 10.1016/j.lpmfor.2022.01.008

Pour une Europe de la Santé innovante, attractive et bienveillante

For an innovative, attractive and caring Europe of Health

P Diot 1,, P Lévy 2, M Tunon de Lara 2
PMCID: PMC9767643

Le 30 septembre 2021 à la Sorbonne, un colloque européen qui marque une vision commune pour l’Europe de la Santé

La crise du Covid-19 a mis en évidence les champs dans lesquels les pays européens doivent investir et s’engager pour répondre aux défis sanitaires de demain. En particulier, l’avenir des politiques de santé en Europe passe par l’Enseignement supérieur, la Recherche et l’Innovation. Rappelons aussi que la Santé est l’un des sujets qui touchent le plus les citoyens. L’Union européenne — souvent vue comme trop éloignée des préoccupations des Européens — doit donc s’emparer des questions sanitaires qui touchent au quotidien de ses citoyens.

Nous avons aussi constaté que les pays membres de l’Union européenne sont souvent confrontés aux mêmes enjeux et problématiques quand il s’agit de formation, de recherche, d’innovation et d’information en Santé. La dégradation de la qualité de vie et de la Santé des étudiants en santé (signes d’anxiété voire de dépression, pensées suicidaires, etc.) est, par exemple, observée dans différents pays européens. Partout, on subit aussi les ravages de la désinformation et du manque de formation scientifique des citoyens : la vaccination est devenue un sujet partisan, et la science et le monde académique sont attaqués. Enfin, la période actuelle nous amène, tous, à enclencher un virage, à élargir les disciplines et à penser les politiques de santé de manière différente. Pour une majeure efficacité et cohérence, ces sujets doivent être abordés de façon globale et commune dans l’espace européen. L’avenir de la santé doit s’inspirer du sursaut européen.

C’est pour cette raison que la Conférence des doyens de médecine, la Conférence des présidents d’université, les Conférences de pharmacie, d’odontologie, de maïeutique et des Centres hospitaliers universitaires ont invité leurs collègues des universités européennes — la Sapienza en Italie, Ku Leuven en Belgique, l’Université de Barcelone en Espagne, et la Charité et la Humboldt en Allemagne — à participer au « Grand colloque européen : la formation, la recherche et l’innovation dans l’Europe de la Santé », le 30 septembre 2021 à la Sorbonne. Cet évènement européen, annoncé lors du précédent colloque de 2020, avait pour objectif d’alimenter les réflexions en injectant, dans le projet de l’Europe de la Santé, la formation, la recherche et l’innovation. Il a notamment permis d’inscrire une vision commune pour cette Europe de la Santé.

Le colloque organisé cette année, à nouveau en présence conjointe du ministre des Solidarités et de la Santé et de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, s’est tenu en présentiel dans le Grand amphithéâtre de la Sorbonne et à distance avec très nombreux publics français, européens et d‘ailleurs. Le nombre de participants, la présence active des ministres Olivier Véran et Frédérique Vidal et la participation de personnalités européennes de premier plan sont des témoignages de confiance pour l’avenir.

Les trois articles publiés à la suite de cette introduction reprennent le contenu des trois tables rondes du colloque :

  • « la recherche et l’innovation à l’œuvre pour la construction d’une politique de santé européenne » ;

  • « assurer le bien vivre et la mobilité des étudiants en Santé dans le cadre de formations de qualité en Europe » ;

  • « la place des universités européennes dans la défense de la rationalité, de la science et d’une réalité de l’evidence based-science ».

Cette introduction vise à mettre en perspective les déclarations des ministres et des représentants institutionnels et politiques, et les différents sujets abordés lors du colloque et dans ces trois articles.

Les discussions de cette année ont notamment permis de dégager des propositions ambitieuses pour participer à construire une Europe de la Santé ayant pour socle l’Éducation, la Recherche et l’Innovation. Ces lignes stratégiques sont colligées dans « l’Appel de la Sorbonne : pour une Europe de la Santé innovante, attractive et bienveillante ».

L’ensemble des échanges sont disponibles en français et en anglais sur la page Youtube de la Conférence des Doyens de médecine : https://www.youtube.com/channel/UCs8JINFVYg6nAjfneH-Qdag.

La crise du Covid-19, crash test de l’organisation de la réponse européenne pour Olivier Véran et Frédérique Vidal

Lors de son allocution, le ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a d’abord rappelé les inégalités en Santé et les écarts importants entre les indicateurs de Santé en Europe. Il est bien sûr impératif de les réduire. Les différences d’espérance de vie entre les pays européens s’expliquent en particulier par les systèmes de protection sociale différents. « En tant qu’Européen convaincu et ancien étudiant du programme », Olivier Véran a insisté sur la nécessité d’actionner tous les leviers pour permettre une diminution des disparités dans le domaine sanitaire et social en Europe. Sur ce point, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal a également déclaré que la question de l’égalité des soins en Europe reste à travailler.

Les ministres ont ensuite abordé le sujet de la réaction des pays européens face à la crise du Covid-19. L’Europe a mis du temps avant d’appréhender dans son entièreté la menace épidémique et la circulation du virus. Plus de temps encore a été nécessaire avant d’entrer dans une logique d’harmonisation des moyens de réaction. Ceci a finalement été permis grâce à des échanges et au partage d’indicateurs de suivis. Des données épidémiologiques et des informations ont donc pu être partagées, mais le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies reste perfectible dans sa capacité à informer en temps réel et à adapter ses outils de mesure et de réaction.

Toujours concernant la crise du Covid-19, le sujet de la vaccination est le plus abouti et il y a bien des vaccins européens. L’Allemagne, l’Italie, les Pays Bas et la France ont initié un premier contrat type avec AstraZeneca puis l’ont communiqué à la Commission européenne pour une précommande. L’Europe offre à ses membres la capacité de grandir ensemble, de se coordonner, de s’enrichir les uns les autres mais aussi de s’interpeler si besoin.

La création de HERA

La création nouvelle, en septembre 2021, de l’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA) a pour objectif d’entériner notre capacité à nous coordonner en Europe. HERA doit être dotée de moyens grâce à un paquet législatif qui va devoir être adopté, et la nécessité de renforcer nos outils de pilotage et d’innovation en Santé nécessite des efforts communs.

Investir dans la Recherche

Au-delà de la crise épidémique, les efforts communs et la coordination européenne dans le champ de la recherche sont nécessaires et de plus en plus voulus par nos homologues européens. Dans le domaine de la recherche sur les cancers pédiatrique, par exemple, nous devons créer des pôles d’excellence sur les thérapies géniques, les chimiothérapies, etc. L’antibiorésistance, cause de mortalité importante en France et responsable de millions de décès par an dans le monde, est aussi un sujet sur lequel nous devons être capables, au niveau européen, de nous coordonner pour faire de la recherche et innover.

Frédérique Vidal, sur ce sujet, a ainsi rappelé que les pays membres portent un projet pour une science ouverte, le programme HORIZON Europe, qui est le plus grand programme de financement de la recherche au monde. Aucun autre continent ne consacre autant à la recherche de base vers l’excellence et l’innovation.

Santé, sciences et numérique en Europe

Selon Olivier Véran, la mise en place du passe sanitaire européen a montré que nous sommes capables d’avoir des systèmes interopérables en Europe. Ceci est la preuve que nous pouvons élaborer, dans des délais très courts, des outils numériques de coopération pour la libre circulation et l’échange de données. Les pays européens doivent donc continuer à innover et à apporter leurs compétences au niveau de l’intelligence artificielle, des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives (NBIC).

Dans le même temps, nous devons pouvoir réguler, à l’échelle européenne, les grandes plateformes du numérique pour garantir nos libertés. Nous devons aussi veiller aux (dés)informations scientifiques qui circulent sur les réseaux sociaux. Sur ce point, Frédérique Vidal a insisté sur le fait que les professionnels de santé, de la recherche et de l’innovation ont une responsabilité collective : ils doivent porter la voix de la vérité scientifique, de la méthode scientifique, de la rigueur, du débat. Le numérique que l’on peut encore imaginer comme une merveilleuse façon de partager la connaissance reste à comprendre. C’est à la Recherche et l’Enseignement de faire revivre les lumières.

Erasmus

Le programme d’échange Erasmus+ a plus que doublé son budget pour permettre à de plus en plus d’étudiants d’accéder à la mobilité européenne. Les mobilités sont possibles durant les études de santé au cours du 1er cycle. Il faut désormais les rendre également accessibles durant le 2e cycle pour construire une Europe des professionnels de la santé et pour que les pratiques se conjuguent et s’additionnent. L’EUGLOH (https://www.eugloh.eu/), porté par Paris-Saclay, vise justement à construire des programmes de formation et de recherche autour des thématiques de la santé au sein des alliances européennes.

Le rôle des acteurs régionaux en Europe, selon Othman Nasrou

Othman Nasrou, Vice-président du Conseil Régional d’Île-de-France, a rappelé que la région Île-de-France représente 40 % de la recherche française par son nombre de chercheurs, ses dépenses en recherche privée et publique, et ses plus de 320 000 emplois dans le secteur de la santé. La région a d’ailleurs amplifié son soutien à la Recherche, en particulier dans les domaines du One health et des thérapies géniques, projets de recherche structurant pour la France et pour l’Europe.

La mobilité en Europe des chercheurs et des doctorants d’Île de France est également importante, avec des lignes budgétaires dédiées en hausse constante pour structurer une Europe de la santé, notamment sur le sujet de la recherche fondamentale ou appliquée et le transfert des technologies.

Formaliser l’improvisation en un « plus jamais ça », par Véronique Trillet-Lenoir

Dans un premier temps, la députée européenne Véronique Trillet-Lenoir est revenue sur le tâtonnement initial de l’Europe au début de la crise du Covid-19, suivi ensuite d’un ressaisissent qui a démontré la capacité d’action de l’Union européenne quand elle se coordonne. L’achat conjoint des vaccins montre que nos actions sont plus efficaces lorsque nous négocions à 27, et nous devons formaliser cette improvisation en un « plus jamais ça » pour nous permettre, à l’avenir, d’être plus armés, préparés et réactifs.

Dans l’Europe de la Santé sont présentes trois dimensions importantes :

  • la préparation aux prochaines crises sanitaires ;

  • l’inscription de la Santé dans toutes les politiques européennes et en particulier dans l’effort du pacte vert, « le green deal », qui porte un plan complet de prévention en Santé publique (SP) ;

  • l’objectif absolu de lutte contre les inégalités et les disparités qui sont considérables en Europe (25 % de différence de survie pour les cancers).

Concernant l’esprit et les fondements de l’Europe de la Santé, Véronique Trillet-Lenoir a rappelé que nous devons développer Europe sociale qui contribue aux salaires minimaux, à la lutte contre la pauvreté mais aussi à la Santé au travail et à la lutte contre les maladies dues à l’environnement.

La Santé est également un enjeu géostratégique, et la dépendance que nous avons concernant les produits de santé vis-à-vis de l’Inde et de la Chine doit être stoppée à l’échelle européenne. Véronique Trillet-Lenoir a ainsi rappelé que nous devons être maîtres de nos réactions sanitaires sans dépendre de pays hors de l’Union européenne, notamment grâce à l’agence HERA.

Le rapport « menaces transfrontalières grave »

Le rapport « menaces transfrontalières graves » a vocation à être décliné dans les différents pays et prévoit que chaque pays européen soit capable de mettre en place un système de résistance aux crises. Un renforcement des agences sanitaires est requis, comme le centre de prévention des maladies et l’agence des médicaments qui ont manqué de moyens pour inciter les États membres à agir ensemble. Ce rapport insiste sur la solidarité internationale pour le traitement des crises sanitaires, qu’elles soient infectieuses (virale ou antibio-résistance), chimiques, nucléaires ou environnementales, à l’échelle européenne et internationale en lien étroit avec l’OMS. Dispositif international, l’académie de l’OMS, installée la semaine dernière à Lyon, a vocation à inclure la formation (initiale et tout au long de la vie professionnelle) dans un dispositif international pour préparer les professionnels de la santé aux crises. Concernant les médicaments, ce rapport implique que les achats conjoints soient étendus et que l’agence HERA soit capable d’identifier les menaces, de doper la recherche et d’activer la production afin de lutter contre les inégalités de santé et d’accès entre les pays de l’Union européenne.

Les trois séquences du colloque : recherche et innovation, bien-vivre et mobilité, rationalité et science en Europe

« La recherche et l’innovation à l’œuvre pour la construction d’une politique de santé européenne »

Les pays membres de l’Union européenne sont confrontés à d’immenses défis sanitaires qui dépassent largement les frontières : épidémies, développement de maladies chroniques, vieillissement des populations, augmentation des coûts de soins, inégalités d’accès aux soins, effets sanitaires des migrations, etc. La crise du Covid-19 a également servi d’électrochoc et mis en évidence l’importance et la vraie nature des défis en matière de santé publique qui se posent à l’Europe.

Pour répondre aux enjeux actuels et futurs, les pays européens doivent s’atteler à mettre en place une politique de santé partagée, renforcée et de long terme, et mutualiser leurs efforts humains, intellectuels et financiers.

Cette politique commune devra pouvoir remplir les missions suivantes :

  • garantir une égalité de santé et d’accès aux soins de qualité dans toute l’Union ;

  • anticiper et répondre aux grands défis de santé actuels et futurs (pandémies, traitement de maladies telles que le cancer, etc.) en promouvant notamment la Santé publique ;

  • développer une recherche en santé innovante et compétitive ;

  • assurer la souveraineté et l’autonomie de l’Europe.

Pour parvenir à ces objectifs, une véritable politique de santé européenne devra être construite, s’appuyant sur la recherche et l’innovation. Elle permettra d’assurer les progrès de la Science et de la médecine, de développer l’autonomie et l’attractivité de l’Union, mais aussi de donner aux citoyens des perspectives enthousiasmantes de formation, de travail et d’avenir. En tant qu’acteurs de la Recherche, de la Santé et de l’Éducation, nous sommes porteurs de valeurs humaines, sociales, de progrès, de bienveillance et de bien être que nous souhaitons voir partagées entre les citoyens des différents pays d’une Europe également largement ouverte sur le monde et la coopération internationale.

Des initiatives positives et encourageantes allant dans ce sens ont bien sûr été mises en place ces dernières années et ont parfois été accélérées ou renforcées avec la crise du Covid-19 : le partage d’indicateurs de suivi durant la pandémie ; les commandes groupées de vaccins ; la création de l’Agence Hera (« Health Emergency Response Authority ») ; l’ampleur du programme Horizon Europe pour la période 2021–2027 (95,5 milliard d’euros), ce qui représente une augmentation de 30 % par rapport au programme Horizon 2020 ; le développement du modèle One Health ; la mise en place des réseaux européens de référence maladies rares et des consortiums sur le Cancer et la Médecine personnalisée ; les alliances européennes d’université ; etc. À l’échelle européenne, se développe déjà également une démarche pour poser les fondations d’une médecine accessible, abordable et durable, basée sur les 5P : prévention, prédiction, personnalisation, pertinence et participation.

L’objectif est désormais celui de formaliser et pérenniser sur le long terme les initiatives parfois improvisées, les expérimentations de court-terme ou les projets isolés. La communauté institutionnelle et les acteurs de terrain européens doivent tirer les leçons de la crise pour construire un système préparé, outillé et réactif et booster la dynamique européenne. Ce système devra être connecté à la société et prendre en compte les dimensions régionales, nationales et européennes.

« Assurer le bien vivre et la mobilité des étudiants en Santé dans le cadre de formations de qualité en Europe »

Les jeunes Européens, déjà fragilisés depuis plusieurs années par les difficultés économiques et sociales, ont été particulièrement touchés par la pandémie de Covid-19. Les étudiants et internes, en particulier, se sont souvent retrouvés en première ligne face à une crise qui les a marqués physiquement et psychologiquement.

De manière plus globale, la qualité de vie et les conditions d’études des étudiants européens engagés dans des programmes de formation en Santé posent question depuis plusieurs années. En particulier, contre le principe d’égalité des chances, les étudiants en Santé sont les moins nombreux à effectuer des mobilités à l’international durant leurs études et stages, même s’ils en expriment le désir. Ainsi, en 2014–2020, en France, les filières sanitaires et sociales ont représenté 6200 mobilités sortantes et 9700 mobilités entrantes. À titre de comparaison, toujours en France, les mobilités dans les filières de commerce, administration et droit ont concerné 93 000 étudiants sortants sur la même période. Sur l’année 2018–2019, en France, seuls 2 % des étudiants du secteur de la Santé ont été mobiles grâce au programme Erasmus+ alors qu’ils représentaient 12,5 % des étudiants en France pour la même période. Le sujet de la mobilité des étudiants en Santé doit être affronté et considéré comme une priorité si l’on veut construire une Europe de la Santé.

En effet, la mobilité étudiante est un gage de développement des connaissances et des compétences, d’échanges des bonnes pratiques, d’accroissement des opportunités professionnelles et personnelles, et du bien-être des étudiants-citoyens. Il semble également évident qu’une Europe de la Santé solidaire et efficace doit se constituer en partant du terrain et des futurs soignants européens qui auront appris à se connaitre et à travailler ensemble. Il est ainsi du devoir des unités de formation et de recherche en Santé européennes de se mobiliser et de se transformer pour assurer la meilleure formation possible de leurs étudiants. Mais, dans le même temps, il est indispensable que l’Union européenne et les pays membres créent les conditions nécessaires pour favoriser la mobilité des étudiants en santé, notamment en se mettant d’accord sur les contenus des formations, leur durée et leur valorisation, et pas seulement sur la validation de compétences minimales comme c’est le cas actuellement.

« La place des universités européennes dans la défense de la rationalité, de la science et d’une réalité de l’evidence-based science »

La crise du Covid 19 a révélé et accentué un phénomène déjà à l’œuvre depuis quelques années : la remise en cause du fait scientifique et la diffusion des fausses informations. Ce mouvement menace le développement de la Science, la Santé des citoyens, et menace l’équilibre de nos sociétés et de la démocratie en Europe.

La pandémie a également mis en évidence la différence fondamentale entre le temps scientifique généralement long et le temps politique s’attachant à répondre aux exigences du débat public et des citoyens. Ainsi, si les défis immenses générés par la pandémie ont été relevés exceptionnellement rapidement par la science et la santé publique, ils ont créé d’énormes incompréhensions, peurs et frustrations dans la population, et ce partout en Europe. Le temps de l’explication, notamment, n’a pas été mené de façon satisfaisante, permettant l’émergence et le développement dans l’opinion de fausses croyances et de contre-vérités menaçant l’efficacité des dispositions de santé publique, mesures de distanciation physique ou vaccination notamment.

Enfin, la crise épidémique a mis en évidence une problématique déjà ancienne, qui est celle de la défiance des citoyens envers les politiques et, désormais, les scientifiques. Dans ce cadre, la question du bon équilibre entre les impératifs de santé publique et le respect des libertés individuelles s’est imposée comme centrale. Pour tenter de concilier ces deux exigences, il apparaît essentiel de construire une démocratie sanitaire européenne articulée autour de trois piliers : le pouvoir, le savoir et le débat public.

Face à ces différents enjeux, tous intrinsèquement liés, les universités européennes doivent s’unir et collaborer pour défendre la rationalité et la science, lutter contre le développement du charlatanisme et fonder les politiques de santé publique sur la science. Les universités européennes sont les bons acteurs, au bon niveau, et ce pour plusieurs raisons :

  • pour réconcilier la société avec la rationalité et l’evidence-based science, il est primordial de mieux former, à l’université, en formation initiale et continue, les scientifiques, les professionnels de santé et les media à la transmission de l’information scientifique et médicale ;

  • pour assurer l’adhésion à l’information scientifique, il est également indispensable que des universités offrent une formation scientifique de qualité aux citoyens qui deviendront ainsi des acteurs éclairés d’une réelle démocratie sanitaire ;

  • enfin, pour assurer un débat public de qualité, il est nécessaire que chaque acteur (scientifique, dirigeant politique, etc.) s’exprime depuis la place qu’il occupe, sans sortir de son domaine de compétences. En tant que cadre de confiance, l’université peut constituer un cadre de régulation de cette nécessaire confrontation à travers la formation qu’elle offre et sa propre contribution au débat public.

L’un des principaux prérequis pour permettre à l’Université de s’engager pleinement dans son rôle de défenseur de la rationalité, de la science et d’une réalité de « l’evidence-based science » est d’abord l’assurance et la défense de la liberté mais aussi de la responsabilité académique, trop souvent mises en péril dernièrement. Un scientifique doit pouvoir énoncer librement une vérité scientifique, sans craindre d’être menacé par des acteurs politiques ou des citoyens. Il doit également le faire en toute conscience de sa responsabilité, celle de transmettre des faits établis par la science à un moment donné et non des convictions ou des spéculations.

À la suite du colloque, les conférences et universités français et européennes partenaires publient l’Appel de la Sorbonne : pour une Europe de la Santé innovante, attractive et bienveillante », une plateforme de propositions pour l’université et la science de demain en Europe. Notre objectif est maintenant celui de porter et défendre ces propositions en Europe et de les faire appliquer.

Déclaration de liens d’intérêts

les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


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