Question de Jacques MILLIEZ (membre de l’Académie nationale de médecine) :
Quelle a été l’influence de l’épidémie de COVID sur l’épidémie de SIDA en Afrique sub-saharienne ?
Réponse de Jean-Philippe CHIPPAUX :
Le dépistage et la distribution des traitements antirétroviraux (TAR) ont considérablement diminué lors de la première vague de COVID (avril–juillet 2020) en raison des mesures de confinement, de la peur de la contamination par la COVID et de la baisse des ressources en personnel de santé et médicaments. Cependant, la reprise des tests diagnostiques et la distribution à chaque personne vivant avec le VIH d’un stock de TAR pour plusieurs mois ont permis un retour à une situation presque normale dès la fin 2020. Il n’a pas été rapporté d’augmentation de l’incidence ou de la mortalité du VIH attribuable à la COVID.
Question de Yves BUISSON (membre de l’Académie nationale de médecine) :
À partir de cette recherche bibliographique exhaustive, peut-on estimer l’impact des recommandations hasardeuses ou nocives, telles de l’emploi de l’hydroxychloroquine ou la promotion des boissons à l’artémisinine (Covid-Organics) dans les pays africains ?
Réponse de Jean-Philippe CHIPPAUX :
Cette étude n’avait pas pour objectif d’évaluer la prise en charge de l’épidémie de COVID ou le bénéfice de traitements supposés anti-COVID. Cependant, il est apparu dans de nombreuses publications – non prises en compte dans ce travail – que l’hydroxychloroquine ou l’artémisinine ont été utilisées sans chercher à en évaluer l’efficacité. En conséquence, une étude de l’impact de ces recommandations préjudiciables me semble difficile à réaliser.
Question de Olivier CLARIS (membre correspondant de l’Académie nationale de médecine) :
Il y a eu peu de vaccinations en Afrique ; a-t-il été mis en évidence un lien entre ce faible nombre de vaccins réalisés et des décès apparaissant de façon retardée par rapport à ce qui a été observé en France par exemple ?
Réponse de Jean-Philippe CHIPPAUX :
La couverture vaccinale anti-COVID est basse dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, même si elle paraît augmenter sensiblement dans quelques-uns. De plus, le nombre de décès imputés à la COVID est assez faible, bien que l’on suspecte une sous-déclaration en raison de la surmortalité élevée. Faute d’information fiable, il est difficile d’évaluer l’impact de la vaccination sur la gravité de la COVID et plus encore sur son incidence. Ce que l’on observe en revanche, c’est une réduction significative de la létalité lors des dernières vagues (à partir de décembre 2021), plus probablement en relation avec le variant qu’avec une éventuelle vaccination.
Question de Jeanne BRUGÈRE-PICOUX (membre de l’Académie nationale de médecine) :
Quel a été l’impact du climat sur l’épidémiologie de la Covid-19 lorsque l’on connaît les fortes chaleurs observées en Afrique où le virus résiste peu dans l’environnement et l’apparition qui a été observée dans certaines familles africaines lors d’un refroidissement ?
Réponse de Jean-Philippe CHIPPAUX :
Il y a effectivement des indices montrant une relation entre les vagues de COVID et les épisodes de baisse des températures moyennes, notamment au cours de la quatrième vague (été 2021 saison également appelée « hivernage ») qui a été l’une des plus importantes. Toutefois, de nombreux facteurs concomitants, notamment les caractéristiques de chaque variant, l’abandon progressif des mesures de confinement ou la reprise des déplacements nationaux et internationaux favorisant la diffusion du virus, constituent des facteurs de confusion qui rendent difficile l’imputabilité respective de chacun d’eux.
Footnotes
Séance du 15/11/2022.
